Une étude belge concernant les violences interpersonnelles auxquels doivent faire face des millions de personnes tous les jours dans le monde PDF Imprimer Envoyer
Publications - VIOLENCES
Écrit par Jean Albert, Ludivine Tomoasso/Editeur: Jacqueline Duband, Emilie Dessens   
Jeudi, 23 Décembre 2010 07:21

L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes vient de publier une étude sur l’expérience des femmes et des hommes concernant les abus émotionnels, physiques ou sexuels.

Cette étude, réalisée en Belgique est très intéressante car elle souligne de façon claire les différences de comportements entre les hommes et les femmes lorsqu’ils doivent faire face à la violence et met à mal certains clichés.

L’étude indique notamment que la perception de la gravité attribuée à une situation de violence dépend en grande partie du contexte dans lequel elle existe et, en particulier, que des personnes peu confrontées à la violence perçoivent comme grave des situations de violence qui, selon les critères plus objectifs retenus par l’étude, seraient pourtant qualifiées de modérées (selon une échelle modérée/grave/très grave).

En France, la lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée grande cause nationale en 2010. Il est vrai que la violence contre les femmes reste un phénomène mondial mais bien souvent l’impact sur les hommes est laissé de côté.  L’étude note que même si les hommes se plaignent moins des formes de violence qu’ils peuvent subir, les femmes demeurent les plus touchées par la violence.

Il n’en demeure pas moins intéressant d'observer comment la violence affecte les deux sexes.

Les violences commises par un partenaire pendant les douze derniers mois

Les femmes font l’objet de violences plus souvent que les hommes. Environ 14,9% des femmes interrogées reconnaissent avoir subi des violences de la part de leur compagnon contre 10,5% chez les hommes dans les douze mois précédent l’entretien. Il est intéressant de remarquer que les hommes aussi peuvent faire l’objet de violence domestique.

Il faut cependant remarquer que les violences que subissent les hommes sont moins sérieuses que celles subies par les femmes. Environ 5% des femmes qui sont battues par un compagnon estiment subir des abus très sérieux contre 1,7% pour les hommes.

L’étude note aussi que la violence est plus courante pour les femmes âgées de 18 à 25 ans.  Peu de différences existent entre les autres catégories d’âge.  Plusieurs hypothèses peuvent expliquer le phénomène.  Les femmes de 18 à 25 ans se confient-elles plus ?  Les relations s’apaisent-elles après un certain âge ?

L’étude souligne aussi que la terminologie utilisée est importante pour obtenir des informations plus complètes sur la violence.  Ainsi la référence au terme « femme battue » ne rend pas compte des cas de violence les plus prépondérants.  10 fois plus de personnes subissent des violences psychologiques.  On notera en particulier une croissance des violences dites psychologiques qui pourrait être liée à la reconnaissance plus récente de ce type de violence.

Cette étude met également à mal le stéréotype de la personne battue qui reste « coincée » dans un schéma de victimisation. En effet, 90,2% des violences infligées par un conjoint sont passagères et correspondent à des situations particulières. En revanche, pour 10% des victimes, les violences durent plus d’un an.  Pourtant, une statistique de l’étude précise qu’une majorité des victimes font face à une situation de violence en se disant « Je me dis que ce n’est pas si grave ou que c’est comme cela dans tous les couples ».  Hors ce type de raisonnement peut être associé à un processus de victimisation.

 

a)    Les réactions et la recherche d’aide

Là encore, le rapport présente des différences entre les hommes et les femmes.

Les femmes parlent beaucoup plus facilement des violences subies que les hommes (64,8% contre 39,2% chez les hommes).

On pourrait croire que les victimes plus jeunes parlent moins des violences. Il n’en est rien, plus de 80% des victimes entre 18 et 24 ans parlent de ce qu’elles vivent contre environ 60% pour les autres classes d’âge.

Dans la plupart des cas c’est à un ou une amie que les victimes se confient.  84.3% des hommes qui se confient le font auprès d’un(e) ami(e) contre 79.1% des femmes.

Les femmes se confient plus volontiers à un membre de leur famille que les hommes et ceux-ci se confient encore moins à des professionnels, ce qui souligne bien la difficulté que connaisse les hommes à avouer être une victime.   Aucun homme interrogé ne s’est confié à une personne d’un service d’aide.

Une autre note d’intérêt de l’étude réside dans le fait que les victimes flamandes se confient davantage que les victimes wallonnes. 

Ceci indique que des différences socio-culturelles peuvent exister au sein d’un même pays et que les politiques d’aide doivent permettre une flexibilité d’adaptation qui prendrait en considération ces différences.

 

b)    Conséquences des violences

Les femmes sont plus souvent victimes de violences physiques. Elles admettent également plus facilement connaitre des séquelles psychologiques des violences subies.

Les victimes de violences ont deux fois plus de problèmes d’insomnie que les non victimes.  6,8% d’entre elles déclarent prendre des somnifères, tranquillisants, antidépresseurs ou anxiolytiques contre 3,5% pour les non victimes.  En revanche, les victimes ne consomment pas plus d’alcool que les non victimes.

Pour de nombreuses victimes, les violences ont des conséquences sur leur vie professionnelle.  Peu d’études économiques ont été conduites sur les conséquences économiques de la violence.  Pourtant les coûts liés à la violence méritent plus d’attention de la part des gouvernements et des entreprises.  Les victimes de violences sont plus souvent en arrêt maladie et l’impact de la violence sur leur capacité à mener à bien leurs taches professionnelles est important.

Abus perpétrés par un membre de la famille durant les 12 derniers mois

 La violence exprimée dans un cadre familial (hors partenaire ou ex-partenaire) est rare et plus souvent verbale (insultes par exemple) pour environ 13,1% contre seulement 1,3% de violences psychologiques (menace de maltraitance des enfants par exemple) et 0,6% de violences physiques.  Ces chiffres sont à relativiser puisqu’il apparaît aussi que ce type de violence fait rarement l’objet d’une plainte.

Pour les violences perpétrées dans un lieu public

Il s’agit ici de cas dans lesquels la victime ne connait pas forcément son agresseur.

Hommes et femmes sont autant victimes de violences verbales.  En revanche pour ce qui concerne la violence physique, il est intéressant de remarquer que les hommes (4%) ont deux fois plus de chance que les femmes (2%) de connaitre ce type de violence.

Ce sont également les plus jeunes (moins de 25 ans) qui sont le groupe le plus à risque face à ce type de violence.

De plus, ce type d’agression est beaucoup plus rapporté. Et dans 9 cas sur 10 l’agresseur est un homme qui connaît la victime.

Les violences connues après l’âge de 18 ans 

L’étude révèle que la moitié des personnes interrogées hommes ou femmes ont connu des violences (qu’elles soient physique, morale, verbale) après l’âge de 18 ans.

Le fait d’avoir été victime de violence entraine une augmentation des problèmes de stress, d’insomnie... Ces personnes risquent plus de tomber dans l’abus de médicaments ou de drogues. Le taux de tentative de suicide est aussi trois fois plus élevé chez ces personnes.

Mais l’étude révèle également que les abus n’ont pas de conséquence quant à la consommation d’alcool.

Il faut également noter que les hommes et les femmes ne sont pas victimes des mêmes types d’abus. Les femmes sont victimes d’une personne qu’elles connaissent et de façon régulière alors que pour les hommes ce sont souvent des incidents isolés commis par un inconnu.

Cependant, comme le souligne bien l’étude, dans le cadre de violences commises par une ou un partenaire, les hommes gardent souvent le silence ce qui peut entrainer une sous-évaluation du phénomène.

Abus sexuels avant l’âge de 18 ans 

La plupart des viols ou des attouchements sont commis par un membre de l’entourage.

Ce traumatisme entraine des conséquences encore plus importantes que les abus sexuels commis après l’âge de 18 ans.  Les filles sont trois fois plus touchées que les garçons par ce type d’abus.  Les tentatives de suicides sont 6 fois plus élevées que chez les victimes adultes.

Recommandations 

L’étude fait quelques recommandations pour lutter contre ce type de violence.

Des campagnes de préventions doivent continuer à être mises en place en particulier auprès des hommes en ce qui concerne les problèmes de violence domestiques notamment pour les inciter à en parler.

Les personnels qui sont en première ligne pour détecter les différents abus (médecins, policiers, enseignants…) devraient recevoir plus de formations pour une meilleure identification des risques et une prise en charge des victimes, en particulier lorsqu’il s’agit de violences sexuelles et, à plus forte raison, pour ce qui concerne les mineurs.

Le rapport rappelle également qu’il faudrait accorder une attention particulière aux  enfants de parents divorcés pour des raisons de violence domestique et qui peuvent être instrumentalisés par leurs parents pour perpétuer certaines formes d’abus.

De plus, de véritables réseaux devraient être créés afin de prendre en charge les victimes du début à la fin : prise en charge juridique, physique et psychologique.

Puisque les taux de suicide sont beaucoup plus élevés, une prise en charge psychologique sur le long terme devrait être mise en place en partenariat avec des associations d’aide aux victimes.

Les Etats devraient améliorer leur politique en termes d’hébergement d’urgence pour augmenter les places qui sont déjà disponibles afin que les victimes aient un point de chute en cas de problème avec leur conjoint ou un membre de leur famille. Les hébergements d’urgence devraient favoriser la mobilité des victimes (entre différentes  villes par exemple) pour éviter qu’elles soient confrontées une fois de plus à leurs agresseurs ou retrouvées par un conjoint violent.